Le point de départ du document est clair : l'économie de marché n'est pas un système sans État. L'idée reçue selon laquelle le marché s'autorégule parfaitement est fausse. En réalité, le marché présente des déficiences ou défaillances.
Retenez bien cette idée : l'État n'est pas l'ennemi du marché, mais son régulateur. Il crée les conditions pour que la concurrence, censée apporter l'efficience économique, fonctionne au mieux, là où le marché seul échoue.
Cette section détaille les principales situations où le marché, livré à lui-même, ne parvient pas à une allocation optimale des ressources ou à un équilibre souhaitable pour la société. Ce sont les fameuses défaillances du marché. Le texte en présente deux principales : les externalités et la concurrence imparfaite.
Définition : Une externalité se produit lorsque l'activité de production ou de consommation d'un agent économique a un effet (positif ou négatif) sur d'autres agents, sans qu'il y ait de transaction économique pour compenser ou rémunérer cet effet. En d'autres termes, le prix du marché ne reflète pas le coût ou le bénéfice social total de l'activité.
Types d'externalités :
Pourquoi c'est une défaillance ? Dans le cas de l'externalité négative (pollution), l'entreprise ne supporte pas le coût social de sa production. Elle a donc tendance à produire "trop" par rapport à ce qui serait socialement optimal. Pour l'externalité positive, l'agent n'est pas rémunéré pour le bénéfice qu'il procure ; il a donc tendance à en produire "pas assez".
Rôle de l'État face aux externalités négatives : L'État intervient pour internaliser l'externalité, c'est-à-dire faire en sorte que l'agent qui la génère prenne en compte ses effets dans sa décision économique. Le texte présente deux approches :
Lien avec les Biens Publics : Le texte fait le lien entre la lutte contre les externalités négatives et le rôle de l'État comme garant du bien-être de la population. Cela passe par le soutien aux missions de service public.
Les 3 fonctions économiques de l'État : Pour assurer la sauvegarde du bien public et corriger les défaillances, l'État utilise ses fonctions :
Concept : Le modèle idéal de la concurrence pure et parfaite (CPP) suppose de nombreux acheteurs et vendeurs, l'homogénéité du produit, la libre entrée/sortie du marché, la transparence de l'information, et la mobilité des facteurs. Quand ces conditions ne sont pas remplies, on parle de concurrence imparfaite.
Situations de concurrence imparfaite :
Pourquoi c'est une défaillance ? Dans ces structures de marché, la loi de l'offre et de la demande ne fonctionne plus correctement. Les entreprises ont un pouvoir de marché (capacité à influencer les prix). Cela peut entraîner des prix plus élevés que sous concurrence parfaite, une allocation sous-optimale des ressources, moins d'innovation (dans le cas du monopole pur s'il n'est pas incité à innover), et des obstacles à l'entrée pour de nouveaux concurrents.
Exemple du texte : Le marché de la téléphonie mobile en France avant l'arrivée de Free Mobile. Bien qu'il y ait eu plusieurs opérateurs (oligopole), la différenciation des offres et l'interdépendance leur permettaient de pratiquer des prix élevés et de se comporter comme s'ils avaient une position dominante ("à la limite du monopole").
Rôle de l'État face à la concurrence imparfaite : L'État doit rétablir le jeu de la concurrence. Il le fait en :
Cette section définit la politique de la concurrence comme l'outil de l'État pour corriger les défaillances liées au manque de concurrence ou à l'abus de pouvoir de marché.
Objectif de la concurrence : Atteindre l'efficience économique. Une concurrence effective pousse les entreprises à être plus productives, à innover, et à proposer les meilleurs prix et qualité aux consommateurs.
Nécessité de la politique de concurrence : Le marché seul ne garantit pas toujours une concurrence saine et équitable. Il peut au contraire générer des situations monopolistiques ou oligopolistiques, d'où l'intervention de l'État.
Définition de la politique de concurrence : C'est l'ensemble des objectifs et des moyens mis en œuvre par les pouvoirs publics pour contrer les effets négatifs de l'économie de marché liés aux problèmes de concurrence.
Fondement juridique : Elle repose sur le droit de la concurrence. Ce droit existe à différents niveaux :
Principaux objectifs / moyens de la politique de concurrence :
Orientation en France et dans l'UE : La politique vise à concilier la concurrence pour l'équilibre du marché européen, promouvoir la qualité à coût réduit (pour stimuler la croissance), et lutter contre les abus de pouvoir (ententes, abus de position dominante). Certaines pratiques comme la vente à perte (vendre en dessous du prix de revient) sont généralement interdites car elles peuvent éliminer les petits concurrents, sauf exceptions (produits périssables, soldes).
Par ailleurs, on peut noter que, dans notre pays, sous couvert de l'harmonisation européenne, les monopoles d'État se sont ouverts à la concurrence. C'est le cas pour EDF, Gaz de France ou France Télécom devenu Orange.
Cette partie approfondit le premier objectif de la politique de concurrence : le contrôle des concentrations. Elle explique ce que sont les concentrations et leurs différentes formes.
Concept : Une concentration est un regroupement d'entreprises. L'objectif stratégique des entreprises est souvent d'éliminer des concurrents, d'augmenter leur taille pour réaliser des économies d'échelle, d'acquérir de nouvelles compétences, ou de diversifier leurs activités. Ces regroupements peuvent modifier significativement la structure d'un marché et potentiellement nuire à la concurrence si la nouvelle entité devient trop puissante.
Types de concentrations : Le document en distingue trois :
| Type de Concentration | Définition | Objectif Principal | Exemple (du texte) |
|---|---|---|---|
| Horizontale | Regroupement d'entreprises du même secteur d'activité et au même stade de production/commercialisation. | Réduire les coûts de production (économies d'échelle), augmenter la part de marché, renforcer le pouvoir de négociation. | Groupe Accor (détient plusieurs chaînes d'hôtels de gammes différentes : Formule 1, Sofitel...). |
| Verticale | Regroupement d'entreprises du même secteur économique mais à des stades différents du processus de production (de l'amont à l'aval). | Maîtriser l'intégralité d'une filière (sécuriser l'approvisionnement ou la distribution), réduire les coûts de transaction, augmenter les marges. | Groupe Total (extraction du pétrole, raffinage, distribution des produits pétroliers). |
| Conglomérale | Regroupement d'entreprises ayant des activités totalement diversifiées, n'ayant pas de lien direct entre elles. | Répartition/diversification des risques (si un secteur est en crise, les autres peuvent compenser), recherche de synergies financières ou managériales. | Groupe Bouygues (BTP à l'origine, puis télécom, média - TF1...). |
Enjeu pour la politique de concurrence : Le contrôle des concentrations, en particulier horizontales et parfois verticales, est crucial pour éviter la création de positions dominantes qui pourraient restreindre la concurrence et nuire aux consommateurs. L'autorité de concurrence examine si la concentration projetée crée ou renforce une position dominante qui réduirait "de manière significative" la concurrence sur un marché donné.